Mis à jour le 20 août 2026
Facturer en dollars, payer un fournisseur en livres, encaisser sur un compte en devises : dès qu'une entreprise sort de la zone euro, sa comptabilité doit répondre à trois questions distinctes. À quel taux convertir l'opération d'origine ? Que faire de l'écart constaté au moment du règlement ? Et comment traiter, à la clôture, les créances et dettes encore ouvertes ? Ces trois moments obéissent à des règles différentes, et c'est leur confusion qui produit l'essentiel des erreurs.
Les comptes annuels étant établis en euros, toute opération libellée en monnaie étrangère est convertie à sa date de réalisation, au cours de change du jour de l'opération. Pour une vente ou un achat de biens, c'est la date de livraison ; pour une prestation, la date d'exécution.
Le cours retenu doit être une référence vérifiable et appliquée de façon constante. En pratique, les entreprises utilisent le plus souvent les cours de référence quotidiens publiés par la Banque centrale européenne. Une tolérance largement pratiquée consiste à retenir un cours moyen mensuel pour les flux de faible enjeu, à condition que la méthode soit documentée et stable d'un exercice à l'autre — le changement de méthode arbitraire est ce que le vérificateur cherchera en premier.
Point souvent négligé : la TVA obéit à ses propres règles de conversion pour la détermination de la base d'imposition, et le taux applicable n'est pas nécessairement identique à celui utilisé en comptabilité. Le sujet se pose surtout pour les entreprises réalisant des opérations avec des pays tiers ; voir notre guide sur la TVA sur les prestations de services internationales.
Entre la facturation et l'encaissement, le cours a bougé. La différence entre le montant en euros comptabilisé à l'origine et le montant effectivement encaissé ou décaissé constitue un écart de change réalisé, définitivement acquis, qui passe en résultat.
Depuis les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2017, en application du règlement ANC n° 2015-05, l'imputation dépend de la nature de l'opération :
Opérations commerciales (créances clients, dettes fournisseurs) : compte 656 « Pertes de change sur créances et dettes commerciales » ou compte 756 « Gains de change sur créances et dettes commerciales ». Ces écarts remontent donc dans le résultat d'exploitation.
Opérations financières (emprunts, prêts, comptes en devises, placements) : comptes 666 et 766, en résultat financier, comme auparavant.
Cette distinction n'est pas cosmétique. Elle déplace le change commercial du bas vers le haut du compte de résultat, et modifie donc l'excédent brut d'exploitation et tous les ratios qui en dépendent. Une entreprise exportatrice qui compare ses marges d'un exercice à l'autre doit en tenir compte dans son tableau de bord.
Les créances et dettes en devises encore ouvertes à la date de clôture sont réévaluées au dernier cours connu. L'écart obtenu n'est pas réalisé — il ne le sera qu'au règlement. Le Plan comptable général le neutralise donc au bilan, dans des comptes transitoires :
Le compte 476 « Différences de conversion — Actif » enregistre les pertes latentes : créance dont la valeur en euros a baissé, dette dont la valeur en euros a augmenté.
Le compte 477 « Différences de conversion — Passif » enregistre les gains latents.
En application du principe de prudence, aucun produit n'est constaté au titre du gain latent : il reste au passif jusqu'à son extourne. En revanche, la perte latente inscrite au 476 doit donner lieu à une provision pour perte de change (compte 1515), de sorte que la perte probable soit bien constatée en charges.
Les écritures d'écarts de conversion sont contrepassées à l'ouverture de l'exercice suivant. Ce sont des écritures d'inventaire pures : elles n'ont de sens qu'à la date d'arrêté. Oublier l'extourne est l'erreur la plus fréquente, et elle se propage silencieusement d'un exercice à l'autre.
C'est ici que comptabilité et fiscalité divergent, et le décalage surprend souvent. Le 4 de l'article 38 du CGI prévoit que les devises ainsi que les créances et dettes libellées en monnaies étrangères sont évaluées à la clôture de chaque exercice d'après le dernier cours de change connu, et que les écarts de conversion — pertes comme profits — sont pris en compte dans la détermination du résultat imposable de l'exercice.
Autrement dit, alors que la comptabilité neutralise les gains latents, la fiscalité les impose immédiatement. Deux retraitements extra-comptables s'imposent donc sur la liasse fiscale :
Réintégration du gain latent inscrit au compte 477, qui n'a pas transité par le résultat comptable mais est fiscalement imposable.
Déduction de la perte latente inscrite au compte 476, fiscalement déductible. Corrélativement, la provision pour perte de change constituée en comptabilité doit être réintégrée : à défaut, la même perte serait déduite deux fois.
Ces retraitements font partie des réintégrations et déductions courantes à vérifier systématiquement en clôture. Ils sont symétriquement extournés l'exercice suivant, en cohérence avec la contrepassation comptable.
Tenir un compte bancaire par devise. Un compte 512 dédié à chaque monnaie, tenu en devise et converti, évite de mélanger des flux hétérogènes et rend le rapprochement bancaire exploitable.
Documenter la source des cours. Conserver l'origine des taux retenus (BCE, banque, table du logiciel) et la date de référence fait partie des justificatifs attendus en contrôle.
Distinguer couverture et spéculation. Les instruments de couverture de change (change à terme notamment) obéissent, depuis le règlement ANC 2015-05, à des règles de comptabilisation propres qui les relient à l'élément couvert. Un contrat souscrit sans relation documentée avec une exposition réelle ne bénéficie pas de ce traitement.
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